La Constitution de Carthage, une des meilleures de l’Antiquité !

Publié le : 22-03-2020
Pour le philosophe Aristote, la Constitution de Carthage était une des trois meilleures du monde.

Le saviez-vous ? Dans l'Antiquité, les institutions de Carthage étaient parmi les meilleures du monde. C’est ce que pensait le grand philosophe grec Aristote, précepteur d’Alexandre le Grand, et maître à penser des savants arabes du Moyen Age.

Les institutions de Carthage, « très supérieures » à la plupart des autres

Dans son ouvrage “La Politique”, Aristote analyse en détail les institutions de seulement trois États : la cité grecque de Sparte, la Crète, et Carthage
Car, selon lui, ces trois gouvernements sont « très supérieurs à tous les gouvernements connus » à son époque (4ème siècle avant J.-C.).
Les institutions de Carthage sont « excellentes », dit-il, et sa constitution est « plus complète que celle des autres États sur bien des points ».
Elle prévoit un équilibre des pouvoirs entre les “rois” (deux dirigeants appelés en réalité Suffètes) et le “sénat” (ou Grand Conseil, ou Conseil des Gérontes). 
En cas de désaccord entre les “rois” et le “sénat”, l’affaire est tranchée par l’Assemblée du peuple.
Et dans ce cas, « chaque citoyen peut prendre la parole sur l’objet en discussion, prérogative qu’on chercherait vainement ailleurs ».

Carthage n'a eu ni émeute, ni tyran

Aristote approuve le système carthaginois de nomination des “rois”. Ils peuvent être choisis au sein de plusieurs familles et non une seule.
De plus, ils sont élus pour leur mérite pour un an seulement – contrairement aux rois de Sparte, élus à vie.
Il existe d’autres institutions, comme les magistrats formant le “tribunal des Cent-Quatre”.
« La magistrature carthaginoise est préférable » à celle de Sparte, affirme Aristote, car ses membres sont choisis parmi les « hommes les plus vertueux ».
Tout cela fait dire à Aristote que les institutions de Carthage sont à la fois républicaines et aristocratiques.
Dans sa théorie, “aristocratie” signifie un pouvoir exercé collectivement par des dirigeants sélectionnés pour leur mérite.
Preuve que ces institutions sont bonnes : elles n’ont jamais été changées et pourtant Carthage n’a eu, « chose remarquable, ni émeute, ni tyran ».

Les repas communs

Une autre institution de Carthage (existant aussi à Sparte et en Crète) était grandement appréciée par Aristote : les “repas communs”.
Ces repas collectifs regroupaient les citoyens des diverses catégories, et avaient un vrai rôle politique. 
Ces “repas communs” étaient à ses yeux très importants…
Peut-être parce qu’il considérait le pouvoir exercé collectivement comme meilleur et plus efficace que le pouvoir individuel : « comme un repas à frais communs est plus splendide que le repas dont une personne seule fait la dépense » !

D’autres éloges…

Plus tard, l’historien grec Polybe, qui assistera à la destruction de Carthage, vantera lui aussi les institutions de la cité punique comme « bien conçues ».
Deux mille ans plus tard, c’est un grand historien allemand, Johann Gustav Droysen, spécialiste d’Alexandre le Grand, qui soulignera la longévité exceptionnelle des institutions de Carthage.
C’est pour lui la preuve qu’elles sont parfaitement adaptées à son « principe national ».
A Carthage comme à Rome, dira-t-il, « l’État n’est pas une institution divine, comme dans l’ancien Orient ; il n’est pas tout, il n’absorbe pas tout, comme dans les cités de la Grèce ; il est l’œuvre des hommes, dont il résume et sauvegarde les intérêts particuliers » (“Histoire de l’hellénisme”, t.3).
Tandis que l’écrivain français Chateaubriand affirmera que, plus qu’aucun autre peuple de l’Antiquité, ce sont les Carthaginois qui « présentent les plus grands rapports avec les nations modernes » (“Les révolutions anciennes et modernes”).

Sur les traces d’un grand Suffète

Les archives et les bibliothèques de Carthage ont été brûlées par les Romains en -146.
Aussi il ne reste plus de témoignages de l’activité de ces institutions.
Mais on peut cependant y penser en visitant le site archéologique de Carthage. 
Le quartier punique de la colline de Byrsa a sans doute été réalisé par un Suffète célèbre : le grand général Hannibal, élu aux plus hautes fonctions après sa guerre contre Rome.

Photo : Aristote - site de la colline de Byrsa à Carthage

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