Elyssa, la femme aux mille ruses
Publié le : 08-05-2018

Elyssa, la princesse phénicienne fondatrice de Carthage, était connue pour son intelligence. Tout comme le héros grec Ulysse, « l’homme aux mille ruses »…


Dans l’Odyssée d’Homère, Ulysse est appelé « l’homme aux mille ruses » car son intelligence lui a permis d’échapper à de nombreux dangers. De même, Elyssa, la fondatrice de la cité de Carthage, connue aussi sous le surnom de Didon, avait plus d’une ruse à son actif.

Elyssa écartée du trône par son frère

Elyssa était la fille du roi de Tyr, en Phénicie, dans l’actuel Liban. A la mort du père, elle est écartée du pouvoir par son frère Pygmalion. Elle épouse alors le riche prêtre du temple du dieu Melqart, qui est aussi son oncle maternel. Jaloux de sa richesse, Pygmalion devenu roi n’hésite pas à faire assassiner son propre oncle. C’est alors qu’Elyssa décide de s’enfuir en emportant avec elle le trésor du temple de Melqart.
Plusieurs notables de Tyr acceptent de l’accompagner. Dans le plus grand secret, elle prépare son voyage. Puis elle annonce à son frère qu’elle veut se réconcilier avec lui et s’installer dans son palais. Elle fait alors porter tous ses biens sur un bateau sans éveiller les soupçons. Mais le bateau n’ira jamais au palais de Pygmalion. Première ruse…

La fuite d’Elyssa

Au moment de s’éloigner du quai, Elyssa fait jeter à l’eau d’énormes sacs remplis de sable en prononçant des invocations : elle veut faire croire que c’est le trésor du temple de Melqart qu’elle jette en offrande aux dieux pour se faire pardonner de trahir la mémoire de son mari assassiné. Ainsi, personne ne se lancera à sa poursuite pour récupérer le trésor. Deuxième ruse.

Elyssa et ses compagnons parviennent aux côtes d’Afrique, non loin de l’actuelle Tunis. Rencontrant les habitants, elle propose de leur acheter un terrain pour permettre à ses compagnons de se reposer du voyage. Ils se contenteront d’un terrain délimité par une peau de bœuf (peau de bœuf se dit “byrsa” en grec). Mais Elyssa découpe soigneusement la peau et obtient une fine lanière de 4 km de longueur : ce sera le périmètre du premier territoire de leur nouvelle ville, la colline de Byrsa à Carthage. Troisième ruse.

Elyssa meurt pour sauver Carthage

Les années passent. Le roi de la population locale, appâté par la prospérité de Carthage, demande la main d’Elyssa, menaçant de prendre la ville de force en cas de refus. Elyssa fait mine d’accepter. Elle organise une grande cérémonie de sacrifice : elle prétend que c’est pour obtenir la bienveillance des mânes de son premier époux avant de se remarier. Mais au lieu du rituel prévu, elle monte elle-même sur le bûcher et se transperce le cœur avec un poignard. Dernière ruse de la reine de Carthage qui offre ainsi sa propre vie pour sauver celle de sa cité.


(D’après les récits de l’historien grec Timée de Taormine)

A lire :

“Carthage” par Samir Aounallah, AMVPPC/Contraste éditions
Pour aller plus loin :
“Carthage, maîtresse de la Méditerranée, capitale de l’Afrique”, AMVPPC collection Histoire et monuments