Le site de Kerkouane

Le site de Kerkouane, vestiges d’une petite ville qui fut brûlée et désertée au IIIe siècle avant J.-C., puis resta abandonnée pendant vingt-deux siècles, apporte un témoignage intact sur la civilisation des Carthaginois, leur architecture et leur mode de vie.


Sans doute occupé par les Puniques depuis le VIe siècle av. J.-C., le site de Kerkouane montre l’aspect intact d’une petite ville du IIIe siècle av. J.-C. Il témoigne d’un urbanisme sophistiqué avec des murailles, des temples, boutiques et ateliers ainsi qu’une nécropole à proximité.
Depuis la création de Carthage, le réseau des comptoirs phéniciens de Méditerranée occidentale s’était mué en un empire porteur d’une nouvelle civilisation, mi-orientale, mi-africaine, à laquelle on a accolé le surnom romain de punique. En Sicile, en Sardaigne, en Espagne, et bien sûr à travers la Tunisie, cette civilisation a semé de nombreux indices de sa présence. Cependant, il est difficile de se faire une idée des villes puniques et de leur architecture ; les vestiges sont souvent fragmentaires, en grande partie recouverts et dénaturés par des aménagements ultérieurs.
Alors que les Romains ont totalement reconstruit Carthage, faisant disparaître la plupart des vestiges de la cité ancienne, Kerkouane fournit une photographie fidèle de l’urbanisme d’une petite ville punique.
Cette petite ville côtière de la région du cap Bon s’était développée sous l’impulsion de Carthage, avant d’être détruite par une attaque romaine en 256 avant J.-C. Sur le site, des fondations bien conservées dessinent un plan parfaitement lisible.?Les départs de murs, de pilastres, de colonnes, d’escaliers, et une foule d’indices témoignent du quotidien des habitants.
La plupart des maisons de Kerkouane – comme les maisons tunisiennes traditionnelles d’aujourd’hui – sont structurées autour d’une cour centrale, accessible de la rue par un couloir coudé. Ces cours sont souvent revêtues d’opus signinum, un ciment enrichi d’éclats de marbre blanc ou de pierre noire, parfois de fragments de verre coloré. Cette technique annonce les prémices de la mosaïque : ici ou là, des cubes de marbre blanc étaient disposés de manière à former sur le seuil des maisons une image jouant le rôle de talisman, le “signe de Tanit”, symbole typique du monde punique.
Les murs sont souvent recouverts d’un enduit de ciment mêlé de poterie pilée qui lui confère une couleur rose caractéristique. Margelles de puits, conduites en plomb et caniveaux, escaliers menant au toit ou à des pièces hautes témoignent d’un certain niveau de confort. Quelques éléments de décoration – gargouilles sculptées, moulures, stucs lisses et brillants imitant le marbre… – ont aussi été retrouvés. Mais le plus étonnant est sans doute l’existence, dans plusieurs maisons, de véritables salles d’eau équipées de baignoires sabots, avec siège et accoudoirs.
La ville était dotée d’un grand temple. Comme les temples sémitiques, celui-ci possédait une vaste cour où s’opéraient les sacrifices nécessaires au culte ; on y trouve aussi un atelier et un four de poterie où se fabriquaient des objets cultuels en argile. Quant à l’urbanisme de la ville, il présente une structure organisée, avec des rues d’une bonne largeur suivant une trame orthogonale, et trois petites places publiques.
Ainsi, dans cette ville d’importance secondaire, vivant sans doute de la pêche au sein d’une riche région agricole, les habitants savaient apprécier le confort, la beauté et la qualité de vie. 
On remarque à Kerkouane quelques éléments de la culture punique qui survivront en Tunisie à travers les aléas de l’histoire. Beaucoup de constructions ont recours à la technique que les Romains appelleront plus tard opus africanum : des murs formés d’une succession de piliers entre lesquels s’intercalent des empilements de moellons. Cette technique sera encore observée dans les forteresses byzantines, et même les grandes mosquées de Tunis et de Kairouan. Autre survivance : les fours cylindriques verticaux que l’on rencontre dans plusieurs maisons de Kerkouane. Sous le nom de tabouna, de tels fours en argile servent encore, de nos jours, à fabriquer la galette de pain typique des campagnes tunisiennes. 
Kerkouane ne livre certes pas tous les secrets de la civilisation de ces Carthaginois dont un Grec d’Alexandrie, Appien, a écrit qu’ils étaient « les égaux des Grecs pour la puissance, et les seconds des Perses pour la richesse ». Mais comme Pompéi pour le monde romain, il offre un accès irremplaçable à leur univers quotidien.





Centres d’intérêt :

Le symbole typiquement punique connu sous le nom de “signe de Tanit” (du nom de la grande déesse de Carthage) est souvent présent sur les stèles commémorant des vœux et des sacrifices, ainsi qu’au seuil de certains édifices. Il pourrait être une sorte de talisman contre le mauvais œil.

Le souci de confort des citoyens de Kerkouane – et plus largement du monde punique – est attesté par la présence de salles d’eau équipées de baignoires à siège et accoudoirs. Ces espaces étaient revêtus d’enduit enrichi de terre cuite pilée, de couleur rose. Des conduites, éviers et caniveaux y assuraient l’alimentation en eau et l’évacuation des eaux usées.



Les maisons de Kerkouane possédaient souvent une cour centrale ; l’une d’elles est entourée d’une galerie soutenue par une colonnade, d’inspiration grecque. D’autres maisons possèdent au contraire une structure linéaire. Quant au modèle de la maison à cour centrale, il a continué d’être usité en Tunisie à travers les siècles.

Les Puniques fabriquaient une grande variété de bijoux, sceaux et amulettes, certains d’une grande finesse. Les orfèvres travaillaient les pierres précieuses, l’or, l’argent, la pâte de verre.

L’urbanisme de Kerkouane comporte trois petites places publiques. La plupart des quartiers suivent une trame orthogonale et les rues sont relativement droites et larges, prouvant l’existence d’un plan préétabli.

© G. Mansour, “Tunisie, patrimoine universel”, Dad Editions, 2016


Le site de Kerkouane est inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial de l'Humanité de l'Unesco.
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